Beatrice Arthus-Bertrand – Interview

Galerie A. Bard : A quel moment as-tu senti que tu deviendrais artiste ?
Béatrice Arthus-Bertrand : Mon frère est photographe, ma soeur illustratrice, mon autre soeur est sculpteur, mon père dessinait merveilleusement mais était modeste, (j’ai quelquefois l’impression de tenir de lui sur le sujet de la discrétion). Pour continuer la revue familiale, mon cousin est collectionneur, son fils est un jeune artiste très prometteur. Mes cousines sont pour l’une artiste et pour l’autre photographe, mon cousin, leur frère, est peintre rentré aux Beaux-Arts après le baccalauréat. Je devais donc avoir la fibre familiale et c’est tout naturellement qu’il y a 20 ans j’ai glissé de mon métier de styliste à celui de plasticienne.

 

 

A B : Quels sont tes rituels dans ton atelier, avant de te mettre au travail ?
B A-B : Je suis obsédée du rangement, je collectionne des milliers d’objets et je sais la place de chacun d’eux dans mon atelier. Le soir, je laisse un atelier impeccable ou seul l’ouvrage en cours a droit de citée. Le matin, j’échange avec mon assistant autour d’un thé, et une belle et longue journée commence, chacun bien concentré sur son boulot. Quand je fais des grands panneaux de galets, c’est branle bas de combat dans mon atelier, tout est protégé, le ciment éclabousse, l’encre de chine fuse, les cirages débordent, c’est la guerre.

 

A B : Quelle est l’inspiration de tes créations ?
B A-B : Je passe des jours entiers à chercher des galets, j’en fais une idée fixe, aucun n’est trop beau. Je suis aussi une obsédée de la récupération, je vais sur des marchés improbables ou les marchands sont tout étonnés que je leur prenne des pièces par dizaines et plus.

 

A B : Quel message transmets-tu à travers tes toiles ?
B A-B : Je dénonce en permanence ’énorme gaspillage de notre époque, mais j’essaye de le faire avec humour et causticité. Quand je me saisis d’un objet et que je le transforme à mon idée, j’ai vraiment le sentiment de lui donner une vraie deuxième vie. Je fais en sorte que mes oeuvres soient aussi grotesques et démesurées que la gabegie que je dénonce. Sans doute que mes grands panneaux de galets sont aussi une façon de figer la beauté qui est menacée de disparaître.

 

A B : Partant sur une ile déserte, avec quel mentor aimerais-tu partir, et pourquoi ?
B A-B : J’emmènerais César avec moi. Qui mieux que lui a dénoncées avec excès en compressant notre société pour la réduire à l’immobilisme, pour la figer, pour la stopper. En tous cas c’est ce que je ressens. Sans compter qu’à la fin c’est la beauté qui gagne.

 

A B : As-tu une anecdote à nous livrer ?
B A-B : Une amie, chez qui je travaille souvent, avait un vieux piano qui trainait dans un coin depuis de longues années. Un piano, ce sont 1.200 pièces magnifiques que je convoitais depuis un certain temps. Un beau jour, je décidais de lui demander de le démanteler, et, avec sa permission et un assistant, je le démontais tout un après midi pour en extraire les pièces qui m’intéressaient. Le lendemain, coup de fil de sa vieille tante pour récupérer le piano. Nous sommes en négociation.