Elia Pagliarino – Interview

C'est à l'occasion d'un salon à Bruxelles que j'ai découvert l'univers d’Elia PAGLIARINO. Tout de suite j'ai été replongé dans mes souvenirs d'enfance, notamment au Musée de l'Homme.
Les œuvres et l'univers de son travail m’ont instantanément happé par leur énergie positive et sémillante. Sur les chemins divers de ses explorations créatives, allant des portraits au symbolisme qu’elle se réapproprie, puisé dans nos mémoires, aux cocons peints sur des œufs d'autruches dépeignant l’éveil des êtres de demain, à ses balises en céramique au graphisme ethnoculturel témoignant de rencontres ethniques contenant l’essence des civilisations.
D’une originalité qui lui est propre, le travail d’Elia PAGLIARINO s'inscrit dans une période contemporaine malmenée où la question du bon sens, du bonheur et de la concorde se doit d’être prise en compte.

 

Arnaud Bard : A quel moment as-tu senti que tu deviendrais peintre ?
Elia Parigliarino : Le dessin a toujours été très présent dès l’enfance. C’était à la fois un refuge et un moyen d’évasion. J’ai exercé pendant des années le métier de directrice artistique dans la communication, mais un séjour en Thaïlande en 2016 a marqué une rupture heureuse sans que je l’aie prémédité, une sorte d’épiphanie. Quand je suis revenue en France, il était évident pour moi que je devais me consacrer entièrement à la peinture. Je me suis jetée avec passion et énergie dans ce métier, comme pour rattraper le temps perdu, cette énergie ne m’a pas quittée depuis. La céramique est venue un peu plus tard, en prolongement de mes recherches et du sens que je voulais donner à mon métier.

 

A. B. : Quels sont tes rituels dans ton atelier, avant de te mettre au travail ?
E. P. : Je commence d’abord par aller courir avec ma chienne Pipa dans le Mont Alaric tout près de mon atelier. C’est une nature à la fois très sauvage et vaste, elle me permet de clarifier mes idées, apprendre à observer les éléments qui m’entourent. La course est à la fois une recherche de dialogue intérieur, et une connexion fusionnelle avec le monde extérieur. Quand je reviens à l’atelier, mes pistes de travail se sont mises en ordre naturellement, je peux commencer à dessiner.

 

A. B. : Quelle est l’inspiration de tes créations ?
E. P. : Je puise mon inspiration dans des domaines très divers. Tout m’intéresse, l’anthropologie, l’histoire, la biologie, la culture populaire, etc. Je fais beaucoup de recherches dans tous ces domaines, et j’aime croiser les éléments que je découvre pour les mettre en images. Je pars du principe que notre monde est un tout, et donc, tout est lié. Mes céramiques « Balises » collectent des histoires uniques d’hommes et de femmes du monde entier pour les porter à la connaissance du public. Les Monogatari (« conte » en Japonais) empruntent à la culture populaire les contes traditionnels qui ont traversé les temps. Dans un autre domaine, la série de peintures sur bois « Unilimited » reprend des modèles célèbres de l’histoire de l’art tout en faisant un pas de côté pour raconter, ou bien le contexte dans lequel l’œuvre originale a été réalisée, ou bien la vie du modèle lui-même ou de l’artiste.

 

A. B. : Quel message transmets-tu à travers tes œuvres ?
E. P. : Mon imaginaire sert de support au voyage, le voyage vers les souvenirs de l’enfance, le voyage à la découverte de nos contemporains quelque part dans le monde, ou le voyage pour redécouvrir l’histoire de l’art sous un autre angle. Ma passion est de raconter des histoires.

 

A. B. : Partant sur une ile déserte avec quel mentore aimerais tu partir, et pourquoi ?
E. P. : Difficile de n’en choisir qu’un. Peut-être Hokusaï qu’on appelait le « Vieux Fou de dessin » au XIX° siècle japonais. Pour sa boulimie à observer et célébrer la nature et les hommes, pour son extravagance et ses estampes fantastiques. Ou bien avec Pascal Picq, paléoanthropologue français, grâce à qui j’ai beaucoup appris sur l'origine de l'humain et son évolution, dans ses conférences de vulgarisation. Ou encore Le Caravage, pour en savoir plus sur sa technique puissante et novatrice, et pour son anticonformisme.

 

A. B. : As-tu une anecdote à nous livrer ?
E. P. : J’étais en Angleterre avec un collectionneur qui venait d’acquérir le jour-même une de mes céramiques, la « Balise Kwazulu-Natal ». Cette céramique racontait l’histoire du dernier roi valeureux du Royaume Zoulou d’Afrique du Sud, le Roi Cetshwayo.
Nous longions la Melbury Road où mon accompagnateur m’expliquait que les plaques bleues émaillées sur les façades londoniennes servaient à commémorer une personnalité qui avait vécu là. Je me rapproche alors d’une plaque devant laquelle nous passions dans notre promenade, et je lis : « Cetshwayo, Roi des Zoulous, a vécu ici en 1882 ».