Julie Gauthron – Interview

Galerie A. Bard : A quel moment as-tu senti que tu deviendrais sculpteur ?
Jean Isnard : Lorsque j’étais tout gamin, j’avais souvent l’occasion d’aller voir, avec ma famille, au jardin des Poètes à Béziers, la fontaine du Titan (1892), représentant le géant Atlas du sculpteur Biterrois Jean-Antoine Injalbert, portant la terre, notre planète merveilleuse et maintenant bien abîmée. J’étais envoûté… C’est peut-être ce Titan que j’aurais aimé être ?

Galerie A. Bard : A quel moment as-tu senti que tu deviendrais Peintre?
Julie Gauthron :Ma grand-mère était artiste, ce qui fait que je connaissais cet univers depuis mon enfance. J’ai voyagé et dessiner avec elle. Elle m’a ainsi donné l’idée même de faire une école d’art, et mes études en arts appliqués m’ont apporté une formation d’exception, sans modèle à suivre, elles m’ont permis de développer ma propre personnalité. J’ai d’abord étudié la scénographie, métier que je fais toujours par mes réalisations de projets hôteliers. J’y raconte des histoires, je fais vivre l’expérience des couleurs et des matières, le choc des styles… Autant mon travail de designer est coloré, autant mon travail artistique est tourné vers le minimalisme expressif du trait noir ou du trait de lumière.


A B : Quels sont tes rituels dans ton atelier, avant de te mettre au travail ?
J G :J’ai deux ateliers, un dédié au dessin et l’autre au travail du fer. Celui pour le dessin est orienté plein nord, il est toujours frais en été. L’atelier métal est plein ouest avec vue sur le jardin, très agréable pour bien commencer la journée, avec un café… en fait je n’ai pas de routine, tous les jours sont différents… l’alternance se fait en fonction du temps et de mes humeurs…

A B : Quelle est l’inspiration de tes créations ?
J G :L’humanité est centrale pour moi, donc les émotions, les sentiments, liés à mes amis et à mes rencontres… Je raconte dans mes œuvres ma relation avec autrui. Aristote décrivait l’être humain comme ayant besoin d’autri pour ce connaître lui-même : « La connaissance de soi est un plaisir qui n'est pas possible sans la présence de quelqu'un d'autre qui soit notre ami ; l'homme qui se suffit à soi-même aurait donc besoin d'amitié pour apprendre à se connaître soi-même. » (La Grande Morale, Livre II, Chap. XV). Sans doute est ce une façon de faire des autoportraits…

 

A B : Quels sont tes rituels dans ton atelier, avant de te mettre au travail ?
J G :J’ai besoin de m’engager de plus en plus, de poser des questions, comme dans cette série de « gestes contestataires » en lien avec les tensions sociales qui grandissent aujourd’hui. Comment parler de cela avec humanité et poésie, comment en rendre compte, en donner un point de vue artistique et non politique.

 

A B : Quelle est l’inspiration de tes créations ?
J G :L’humanité est centrale pour moi, donc les émotions, les sentiments, liés à mes amis et à mes rencontres… Je raconte dans mes œuvres ma relation avec autrui. Aristote décrivait l’être humain comme ayant besoin d’autri pour ce connaître lui-même : « La connaissance de soi est un plaisir qui n'est pas possible sans la présence de quelqu'un d'autre qui soit notre ami ; l'homme qui se suffit à soi-même aurait donc besoin d'amitié pour apprendre à se connaître soi-même. » (La Grande Morale, Livre II, Chap. XV). Sans doute est ce une façon de faire des autoportraits…

 

A B : Quel message transmets-tu à travers tes toiles ?
J G :J’ai besoin de m’engager de plus en plus, de poser des questions, comme dans cette série de « gestes contestataires » en lien avec les tensions sociales qui grandissent aujourd’hui. Comment parler de cela avec humanité et poésie, comment en rendre compte, en donner un point de vue artistique et non politique.

 

A B : Partant sur une ile déserte, avec quel mentor aimerais-tu partir, et pourquoi ?
J G :Avec William Kentridge, j’ai encore beaucoup à apprendre de lui, sur la place de l’engagement dans les œuvres. J’aime son « dessin animé », qui transmet un message puissamment engagé avec la légèreté et la poésie du dessin rapide au fusain, qui joue de la trace laissée par la gomme pour animer son histoire.

 

A B : As-tu une anecdote à nous livrer ?
J G :A l’origine de la conception de mes « gestes contestataires », l’idée de faire des mains sur des tiges était pour un projet d’installation artistique pour les Jardins de Chaumont. Ils étaient au départ des tuteurs humanisés qui prennent soin des plantations, qui guident les grimpants, qui soutiennent les branches trop lourdes de fruits. Et puis d’un coup, comme une évidence ils ont basculé en pancartes de manifestation…