Philippe Desloubieres

Galerie A. Bard : A quel moment as-tu senti que tu deviendrais sculpteur ?
Philippe Desloubieres : J’avais onze ou douze ans quand j’ai eu ma première émotion devant une sculpture, le fils d’une amie de ma mère m’avait offert une figurine en terre réalisée par lui-même, un garçon âgé de dix sept ans. La figurine, une tête de diable, m’impressionnait mais le fait qu’elle fut réalisée par ce garçon juste un peu plus âgé que moi m’a laissé entrevoir que moi aussi je pouvais. J’avais vingt ans quand j’ai réalisé ma première sculpture, c’était dans une caserne à Meaux lors de mon service militaire, cette sculpture était en bois et représentait une tête de Saint Denis.

 

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A B : Quels sont tes rituels dans ton atelier, avant de te mettre au travail ?
P D :Prendre un café avec mon assistant et ensuite cela dépend du travail engagé. Si je suis dans la mise en forme d’une nouvelle sculpture dont le dessin est déjà réalisé, je m’y mets directement après avoir terminé mon café, je suis impatient. Si je dois réaliser un nouveau dessin pour une nouvelle sculpture, il me faut trois heures pour parcourir les vingt mètres qui me sépare de mon atelier de dessin et une fois que j’y suis, le bonheur le plus gracieux cohabite avec le désespoir le plus triste.

 

A B : Quelle est l’inspiration de tes créations ?
P D : L’unité, je m’inspire pour cela de certaines formes du végétal.

 

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A B : Quel message transmets-tu à travers tes sculptures ?
P D : Aucun message, mais je recherche l’harmonie et la sérénité avec des formes simples et directes

 

A B : Partant sur une ile déserte, avec quel mentor aimerais-tu partir, et pourquoi ?
P D : Avec le Dao de Jing (Lao Tseu) par exemple, je ne l’ai jamais consulté. La solitude se prête à la réflexion et à l’observation. Un chat ou une poule me conviendrait bien aussi.

 

A B : As-tu une anecdote à nous livrer ?
P D : Lors d’une réunion de famille, un oncle de mon épouse pour lequel le monde de l’art était inconnu se trouvait déconcerté en voyant une de mes sculptures sur la pelouse, petite sculpture abstraite plate et ronde avec deux trous pouvant évoquer une tête, il me demande alors si c’était un nain de jardin; je compris que derrière la plaisanterie, dans ses références à lui cette sculpture pouvait faire écho à un nain de jardin qui en soi est aussi une sculpture. Attrapant la balle au vol je lui ai confirmé avec sérieux que c’était bien cela, un nain de jardin réinterprété de manière “ moderne ”. Pour la première fois cet homme a vu et ressenti une sculpture.

 

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